#Slasheur : L’interview d’Emma

Suite à mon article sur l’art d’être un slasheur, je vous propose le témoignage d’Emma et de son job sur-mesure : faire des potagers sur les toits de Paris et broder des t-shirts hype !

Pour rappel, un slasheur est une personne qui cumule plusieurs activités professionnelles parfois très différentes.

Emma a 23 ans. Après un master à Concordia University à Montréal en Sciences Politiques et Droits de l’homme, elle fait une formation de 5 mois en agriculture urbaine et permaculture avant de rentrer en France.

Aujourd’hui elle a deux startups. D’abord, elle a créé Órt (“potager” en patois auvergnat), pour faire de l’agriculture urbaine à Paris. Par exemple, elle a installé des potagers chez l’entreprise Veja, marque française de baskets écologiques et issues du commerce équitable. Puis, de sa passion pour la broderie est né Joue Contre Joue, qui lui permet de vendre ses créations de mini motifs sur t-shirts. (Jette un coup d’oeil)

 

emma slasheur vieemma slasheur broderieemma slasheur ort

 

Est-ce que tu es slasheur par choix ?

Emma : Complètement. Même si tout est arrivé de fil en aiguille sans que je n’aie rien planifié. Après ma formation en agriculture urbaine, je suis rentrée à Paris avec l’envie de travailler dans cette filière. Mais je me suis rendu compte au bout de quelques entretiens que les postes ou la philosophie des entreprises ne me correspondaient pas vraiment. En parallèle, en discutant avec plusieurs personnes de mon envie de travailler dans le secteur, j’ai eu une proposition de travailler sur un projet. Je me suis dit “pourquoi pas monter ma propre structure” et ça a été le début de cette aventure entrepreneuriale.

En ce qui concerne la broderie, je voulais porter mes dessins sur mes vêtements. J’ai acheté un peu de matériel, regardé des tutos et donc commencé à broder pour moi uniquement. Lorsque je portais mes créations, des personnes me demandaient quelle marque c’était ou comment elles pouvaient s’en procurer un. J’ai donc commencé à prendre de petites commandes de temps en temps. Puis, des professionnels m’ont demandé des séries spéciales pour leurs marques et petit à petit, c’est devenu une réelle activité génératrice de revenu pour moi au même titre que l’agriculture urbaine.

Au final, mes deux activités ont éclos grâce à des clients qui sont venus à moi, ce qui me permet de travailler dans les deux choses qui me plaisent.

Qu’est-ce que tu réponds quand on te demande ce que tu fais dans la vie ?

Emma : Je dis que je fais de l’agriculture urbaine et de la broderie et les gens sont souvent un peu confus. “L’un ou l’autre ?” ou “Mais tu fais quoi comme métier?” ou encore “La broderie c’est juste un hobbie non?”. Donc je ne me cache pas de mon statut de slasheur, en revanche lorsque ce n’est pas utile je ne le mentionne pas. Ce sont deux activités qui m’apportent énormément personnellement. Elles m’apaisent. L’agriculture urbaine me permet un retour aux sources, d’avoir mes mains dans la terre et de sensibiliser les gens à récolter leurs propres légumes. Quant à la broderie, c’est comme une méditation. Je me suis déjà demandé si je devais choisir entre les deux, mais je ne peux pas choisir ! Je n’en ai pas envie, c’est mon équilibre créateur.

Comment fais-tu pour contrer le complexe de l’imposteur ?

Emma : C’est compliqué, je le ressens en permanence. Chaque nouveau client, nouveau devis ou nouveau projet est synonyme de peur de ne pas être à la hauteur. Car je n’ai pas vraiment fait d’études sur mes activités actuelles, j’ai tout appris par moi-même en lisant énormément et en me formant sur le tas avec enthousiasme. La seule chose qui me rassure, c’est quand je discute avec les clients. Ils ont confiance en moi, ce qui me pousse à donner le meilleur. Quand je parle avec eux, je suis sûre de moi car la passion reprend le dessus et j’arrive à faire passer mes idées. J’en oublie la peur. En plus, je me dis que les gens me font confiance alors que je suis jeune et sans trop d’expérience, j’ai envie de leur prouver qu’ils ont raison ! Chaque mission me permet d’augmenter mon expérience et de faire taire ce complexe de l’imposteur.

Comment fais-tu pour gérer et prioriser au quotidien tes diverses missions et tes clients ?

Emma : Je ne vais pas mentir, il est parfois difficile de prioriser lorsque l’on a deux activités si différentes. Pour le moment, je fais au fil de l’eau selon les deadlines des clients. La date de la demande prime et si il y a des livraisons urgentes alors je les fais en priorité. Au jour le jour, ça se fait donc assez naturellement. Lorsque je fais une pause sur l’un, je me consacre à l’autre. Je n’ai jamais la frustration de me borner à une chose. Quand je n’ai pas envie de faire de la broderie, je switche sur mes projets agriculture urbaine. Ce qui est sur : je ne m’ennuie jamais. La seule chose qu’il ne faut pas oublier : les côtés administratifs.

Comment fais-tu pour améliorer ton personal branding ?

Emma : Comme je l’ai dit auparavant, mon personal branding a commencé en portant mes propres tee-shirts et en étant ouverte à la discussion avec les personnes qui m’en parlaient. Ensuite, je fais partie d’un coworking. C’est un super moyen de faire un échange de bons services, d’avoir un réseau et de faire marcher le bouche-à-oreille. Et puis, il y a Instagram. Pour la broderie, c’est vraiment le meilleur réseau. Je reçois de nombreuses commandes par ce biais-là qui a boosté ma visibilité. Je prends donc le temps de soigner mon profil, mes photos et mes stories. En ce qui concerne l’agriculture urbaine, mon site internet est en cours de construction. Pour le moment, tout fonctionnait via mon réseau mais je veux maintenant avoir une vitrine en ligne qui permet à de potentiels clients de me trouver et de me contacter facilement.

Un dernier mot ?

Emma : Même si l’entourage peut parfois être surpris voire ne pas comprendre ce choix et ne pas y croire, tu dois croire en toi. Que tu veuilles faire une ou plusieurs choses qui sortent de l’ordinaire, lance toi et persévère ! C’est un moment charnière sur le marché de l’emploi car on a du mal à trouver un job en adéquation avec les études que l’on a fait. C’est dur de se projeter et de ne pas être déprimé par un manque de sens lorsqu’on recherche à tout prix un emploi. Beaucoup acceptent donc des stages même après leurs études, des missions courtes, des statuts précaires et sous-payés. Quitte à avoir ce mode de vie, autant le faire dans quelque chose que tu aimes et avoir le contrôle dessus.

Laisser un commentaire